Plus de 500 enfants venus de divers horizons et de nombreux professionnels travaillant avec la jeunesse ont pris part, dimanche 8 juin, au Corsaire Night-club de Saint-Marc, aux activités marquant la journée nationale de l'enfance. Le député de la circonscription et le maire de la ville ont boudé l'invitation des enfants et des organisateurs.

Le député de la circonscription de Saint-Marc et le maire de cette ville, apparemment très attendus dans une cérémonie célébrant la journée nationale de l'enfance, dimanche 8 juin 2008, ont brillé au Corsaire- un night-club de Saint-Marc- par leur absence. Un peu tristes au début, les enfants qui ont gratifié l'assistance de belles performances artistiques durant la célébration ont promis de ne pas suivre ces modèles.
Ni le député, Yves Cajuste, ni le maire de la ville, Beaunard Charles, ne se sont même pas faits représenter en la circonstance. La prestation des enfants a été très bien accueillie par l'assistance, mais on pouvait lire sur les visages le malaise créé par l'absence des officiels après qu'ils avaient été annoncés à prendre la parole par Louna, la jeune maîtresse de cérémonie.
Les enfants ont exécuté des chorégraphies les unes plus belles que les autres, des sketches qui dénoncent le non respect des droits de l'enfant, ou encore la violence, la domesticité et l'exploitation dont les enfants sont l'objet quotidiennement.
Les enfants de tout âge s’adonnaient à diverses activités culturelles commémorant la journée nationale de l'enfant déroulée cette année autour du thème « Ann pwoteje timoun yo, poun ka gen yon lòt sosyete ».
Renette, 12 ans, élève de 5e année fondamentale, bénéficiaire du programme de Parrainage de la Fondation Paul-Gérin Lajoie, promet d'agir différemment quand elle deviendra avocate.
Kethurah, 16 ans, élève de troisième au lycée du bicentenaire de Saint-Marc, espère devenir un grand diplomate. Grâce à la formation reçue par l'intermédiaire d'un programme de l'Institut Panos en collaboration avec l'Unicef et la Fondation Paul Gérin Lajoie, elle se sent armée pour aider les enfants à mieux défendre leur droit. En dépit du fait que l'adolescente sait que les autorités ne prennent pas en compte leur situation, elle se contente d'être utile à la communauté en participant à des émissions à la radio.
Le message de Kethurah à l'occasion de la journée nationale de l'enfant est clair : «Pour les enfants en difficulté qui ne peuvent pas fêter, je leur souhaite du courage, un jour ou l'autre leur situation changera.»
Judlene, 16 ans, en 9e année fondamentale, est contente de prendre part à la fête, mais triste de constater que des responsables qui méritent la confiance de la population ont boudé l'invitation. Judlène n'est pas moins triste de voir autant d'enfants des rues qui ne peuvent pas jouir des fruits de l'instruction.
Gilles Monrosty, coordonnateur pour Haïti de la Fondation Paul-Gérin Lajoie - une organisation non gouvernementale canadienne qui oeuvre à favoriser l'éducation fondamentale chez les enfants particulièrement vulnérables- croit que les autorités doivent s'impliquer davantage dans l'éducation des enfants. Aucun pays ne peut prétendre se développer sans cette base que représente l'éducation. La Fondation Paul-Gérin Lajoie active dans les départements de l'Artibonite, de l'Ouest et du Sud-Est, encadre à travers son programme de parrainage des enfants dits vulnérables.
« Avec environ 500 enfants parrainés, notre programme de parrainage marche bien même si on espère y intégrer davantage d'enfants dans les prochaines années », a indiqué avec un brin de satisfaction le coordonnateur pour Haïti de la Fondation Paul-Gérin Lajoie qui reconnaît qu'au niveau local, les activités de la fondation marchent beaucoup mieux que sur le plan national.
M. Monrosty, apparemment optimiste, espère que les autorités feront un jour de l'éducation la priorité des priorités, regrette que les déclarations de principe soient plus nombreuses que les actions dans un pays où les besoins sont énormes. Le responsable de la fondation exige davantage d'engagement en faveur des enfants haïtiens.
Les enfants ont juré que ni le poids du présent, ni les incertitudes de l'avenir ne sauraient en aucune façon éteindre la lumière de la flamme qu'ils se sont passés, à l'issue d'une cérémonie de graduation d'élèves de sixième année fondamentale parrainés par la Fondation, organisée pendant la même occasion.
En interprétant une chanson d'Enrico Macias, Qu'il soit un démon, qu'il soit noir ou blanc, malheur à celui qui blessera un enfant, les gosses ont indiqué aux adultes la voie à suivre.
Cependant, lors d'un mini-débat initié avant la fin de la cérémonie, des voix discordantes ont fait irruption dans les discussions. Certains enfants invités sur le podium pour débattre des questions dont l’utilisation du fouet à l’école, ont fait croire qu'ils peuvent être fouettés s'ils ont un comportement reprochable. Mais l'inspecteur Jacques Thony, représentant du ministère de l’Education nationale à Saint Marc est intervenu avec insistance pour rappeler que nul n'a le droit de frapper un enfant et que l'utilisation du fouet comme mode de correction a été complètement bannie de l'école.
Jean-Claude Louis de Panos Haïti a humblement retracé les grandes dates dans la lutte pour la reconnaissance des droits de l'enfant dans le pays. Il a rappelé que le décret marquant la journée nationale de l'enfant remonte à 1961. L'Etat haïtien s'est par ailleurs engagé à prendre des actions pour protéger et faire respecter les droits de l'enfant en adoptant en 1994 la Convention relative aux droits de l'enfant. Jusqu’à aujourd’hui, environ 191 pays ont adhéré à cette convention des Nations Unies à l'exception des Etats-Unis et de la Somalie.
Panos Caraïbe
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